Shirin Neshat

Biographie

Née en 1957 à Qazvin (Iran), Shirin Neshat part étudier à Los Angeles en 1974. Pendant son absence, la révolution iranienne éclate et, en 1979, l’État impérial d’Iran laisse la place au régime de l’ayatollah Khomeiny. « Nous avions entraperçu la démocratie, on nous l’a volée », résume l’artiste. Au tout début des années 1980, elle poursuit son apprentissage au Domenican College de San Francisco, avant d’obtenir un master en art à Berkeley. Arrivée à New York en 1983, elle travaillera une dizaine d’années pour l’organisation Storefront for Art and Architecture, avant de commencer à exposer ses premières œuvres. En 1999 sa vidéo Turbulent, dans laquelle l’écran est divisé, remporte le premier Prix International à la Biennale de Venise. L’artiste obtient aussi le lion d’argent de la mise en scène pour son long métrage Women Without Men lors de la 66e Mostra de Venise en 2009. Shirin Neshat vit et travaille à New York.

Dans la Collection Meeschaert

L’œuvre présentée est issue d’un portfolio de dix photographies réalisées et vendues au profit de la fondation Elton John AIDS. Depuis sa création en 1992 aux Etats-Unis et en 1993 en Grande-Bretagne, l’association créée par le chanteur britannique soutient des actions de prévention, d’éducation et de soin contre le VIH.
Cette collection éditée en quarante exemplaires numérotés et signés réunit le travail de certains des plus grands photographes contemporains. Chaque portfolio contient dix photos originales de mêmes dimensions réalisées par Nan Goldin, Ruud van Empel, Sally Mann, Richard Misrach, Sam Taylor-Wood, Damien Hirst, Shirin Neshat, Katy Grannan, Juergen Teller et Thomas Struth. A travers ces œuvres les artistes illustrent tour à tour leur soutien aux personnes les plus fragiles, qu’elles soient malades ou rejetées socialement.
Cette photographie fait partie de la série « Women of Allah », créée entre 1993 et 1997 suite au premier voyage que Shirin Neshat a effectué en Iran après la révolution. L’artiste y apparaît parfois elle-même voilée et armée. A cause de cette série l’artiste a désormais l’interdiction d’entrer dans son propre pays.
A travers cette œuvre, l’artiste essaye de comprendre la révolution islamique et la culture du martyr. Elle utilise cette image pour dénoncer la violence de la révolution iranienne.

449 - NESHAT Shirin - Untitled (from _Women of Allah_series)

Shirin Neshat, Untitled (from « Women of Allah » series), 1995, Photographie, 60,96 x 50,8 cm

Style

Shirin Neshat débute sa carrière par des portraits d’individus et de groupes. Ses photographies ne se réduisent pas à des composantes visuelles dans la mesure où l’artiste a toujours pris soin d’y insérer l’écriture. Dans les années 1990, l’artiste entame une série où elle se met en scène, portant le tchador : seules certaines parties de son corps (yeux, mains et pieds) que la loi islamique autorise de montrer sont visibles, tandis que le reste du corps est alors recouvert de calligraphies en farsi (ou persan moderne).

Alors que ses premières photos sont ouvertement politiques, ses films tendent à être plus abstraits et abordent les questions du genre, de l’identité et de la société. Ils explorent la relation entre les femmes et le système de valeurs culturelles et religieuses eu sein des communautés islamiques.

La condition de la femme dans la société iranienne, le fondamentalisme, le féminisme, l’identité culturelle et la religion sont autant de sujets que Shirin Neshat aborde dans son œuvre. Il s’agit de détourner les préjugés, de réinterpréter les clichés et de choisir de poser des questions plutôt que de chercher à orienter des réponses.

Thématique : L’engagement au cœur de la démarche artistique

Depuis la fin des années 1960, la portée politique, sociale, environnementale ou identitaire de l’art contemporain est grandissante. De plus en plus d’artistes ont la volonté d’affirmer leurs convictions, de casser les codes. Les messages que portent les créations artistiques peuvent viser le gouvernement, le marché de l’art, la société de consommation ou les injustices. L’avènement de pratiques dites in situ comme le street art par exemple, replace l’œuvre dans l’espace public et interroge sur la politique de l’œuvre. La question de l’engagement renvoie aux techniques utilisées, à la nature des lieux de production et d’exposition et à l’impact sur le public. Certains artistes ont choisi de défendre une cause, comme l’atteinte à la biodiversité, ou de prendre position contre un régime politique. Les visuels sont forts, ils cherchent à choquer et ne laissent pas indifférent.